Violation des droits des travailleurs : le calvaire des Gabonais dans les entreprises privées

 


À l'heure où la communauté internationale célèbre ce 1ᵉʳ mai la fête du travail, au Gabon des ouvriers  continuent de subir des abus graves dans certaines entreprises, sur fond d’inaction et de silence des autorités. 


Des abus structurels

Au fil des années, la vie du travailleur gabonais, surtout dans le secteur privé, demeure inquiétante Pour y comprendre, il faut se rendre dans les inspections du travail pour découvrir le nombre de plaintes déposées par jour par des compatriotes victimes des violations répétées des droits des travailleurs dans des projets extractifs. Absence de contrats, non-respect des conventions collectives, exposition à des risques élevés sans protection adéquate, accidents de travail non pris en charge. Un ancien employé d'une société de télécommunication raconte. « J’ai chuté en hauteur sur une plateforme où la chaleur atteint près de 85 degrés. J’ai payé moi-même mes soins. Il n’y a eu aucune prise en charge. » Les revendications des travailleurs rejoignent celles déjà exprimées dans d’autres grands chantiers au Gabon, notamment dans les secteurs du BTP et du bois. « Les Chinois, les Libanais, les Indiens, les Camerounais, maltraitent les employés, c’est connu, et l’État ne fait rien. Allez voir par exemple dans les chantiers et les sites d'Olam, ou à Nkok c’est encore pire », affirme un ancien employé de ZERP de Nkok.


Un silence d’État qui interroge

Malgré la gravité des faits dénoncés, la réaction des autorités reste timide, voire inexistante. Les signalements à l’inspection du travail s’accumulent sans déboucher sur des sanctions visibles. « Les inspecteurs du travail qui enregistrent nos plaintes nous donnent de l'assurance au départ en nous rassurant de sévir nos employeurs. La suite, vous la connaissez. C'est-à-dire, dès que l'employeur leur donne de l'argent, ils ferment les yeux sur le dossier et ils finissent par te convaincre de laisser tomber ou ils te proposent une somme dérisoire ». A relevé un ancien employé d'une société de fabrication de contreplaqués.

 

Pire, certains travailleurs évoquent des intimidations. « Dès que nous souhaiterions faire un mouvement d'humeur pour dénoncer la violation de certains de nos droits, ils déploient les policiers pour nous intimider », rapportent des employés d'une société de la place. La question d’une complicité implicite est désormais posée. « Tout ceci avec la complicité de nos responsables des ressources humaines et des autorités », accuse un ouvrier. D’autres dénoncent un système où les intérêts économiques prennent le pas sur les droits humains. Dans ce contexte, le sentiment d’abandon est profond. « Ainsi va la République… les hauts responsables ferment les yeux sur ces violations », déplore un témoignage. Au-delà des entreprises ou des , c’est l’image même du travail au Gabon qui est en jeu. 


Entre violations des droits, silence administratif et tensions sociales, des milliers de travailleurs continuent de subir, souvent dans l’indifférence générale. Le cri de détresse lancé résonne comme un avertissement : « Nous sommes dans notre pays. À l'aune de la Cinquième République où on parle de la restauration de la dignité des Gabonais, il faut que ça change ! » s'exclame un travailleur.


Pour Georges Obame Edou, expert en droit du travail, les violations du droit du travail au Gabon se font dès les premiers jours de prise de service de l'employé. Il propose une action commune entre les inspecteurs du travail, l'ANPI, la CNSS et bien d'autres institutions concernées par la prise en charge des travailleurs. « Dans un pays où il existe une véritable politique de lutte contre le chômage et la pauvreté, la protection de l'emploi du Gabonais ne doit pas se négocier. Malheureusement, dans notre pays, les employeurs recrutent n'importe comment et licencient comme ils veulent. »


Vany Corso SIMA ELLA 

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