Après 100 jours de gouvernance, les tops, les flops et les muets du gouvernement d'Oligui Nguema
Le premier gouvernement de la Ve République vient de passer le cap de 100 jours. Avant de découvrir la nouvelle équipe gouvernementale qui sera investie dans les prochains jours, l'heure est au bilan. Retour sur les faits d'armes et les ratés des principaux ministres du gouvernement.
Les tops
Le vice-président du gouvernement Hermann Immongault.
Homme de terrain, celui qui partage son agenda entre réunions, réceptions officielles
Sans être très charismatique, il assure pour l'instant sa fonction avec brio. C'est quelqu'un qui est perçu comme assez proche des gabonais. Toujours réactif dans chaque situation.
C'est quelqu'un qui a une image de parfaite loyauté. À l'arrivée, ça fait plutôt un bon bilan pour lui.
ministre de l'éducation nationale, l'insubmersible ne compte pas se reposer.
Travailleuse et expérimentée,
Bien que critiquer, Camélia Ntoutoume-Leclercq, par son expérience, pilote une transformation en profondeur du système éducatif.
On peut citer :
– La construction des complexes scolaires modernes dans le but de réduire les effectifs pléthoriques et l'effectivité de la politique de l'école de proximité.
– La reformation du statut de l'école nationale des institutions (ENI) et de l'école nationale l'enseignement supérieure (ENES)
– Création de nouveaux instituts pour la formation des institutions, notamment dans les provinces.
– Dans une situation budgétaire difficile que connait le pays, elle a su instaurer l'apaisement social et la régularisation massive des carrières de plusieurs enseignants.
– Plusieurs mesures prises en faveur des élèves handicapés
– Dotation des équipements informatiques dans plusieurs établissements
– Rééquipement des laboratoires scolaires
Ministre des affaires étrangères, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny
Efficace dans l'ombre du président
Sa nomination est marquée par un "retour offensif" du Gabon sur la scène internationale. On peut citer :
– La réactivation des réseaux d'influence pour acter le retour progressif et la respectabilité de la diplomatie gabonaise dans les instances multilatérales.
– Consolidation accélérée des alliances historiques.
– Participation active à la 26ᵉ réunion des ministres des Affaires étrangères du Commonwealth à Londres, réaffirmant l'intégration et le rôle du Gabon au sein de cette communauté linguistique et économique.
– Le redéploiement d'une politique de proximité envers les Gabonais de l'étranger (la diaspora figurant explicitement dans l'intitulé de son portefeuille) afin de les associer à la transition économique du pays.
Le ministre des eaux et forêts, Maurice Ntossui Allogole,
L'art du pragmatisme
L'homme est ancré dans les réformes qui
visent principalement à sécuriser les ressources naturelles, militariser l'administration forestière et optimiser les revenus de la filière bois. Notamment :
– La militarisation et la création du corps paramilitaire. L'objectif c'est d'instaurer une discipline rigoureuse et stopper définitivement l'exploitation illégale des forêts. Les agents bénéficient désormais de la Formation Élémentaire Toutes Armes (FETTA).La construction programmée de casernes, de bâtiments administratifs et de postes techniques sécurisés est en cours pour appuyer cette présence armée sur le terrain.
– Changement du statut des Écogardes. Cette réforme intègre et sécurise enfin le statut professionnel des écogardes et des auditeurs pour pérenniser la surveillance des parcs nationaux.
– La structuration du ministère par la mise en place d'un commandement en chef et d'unités spécialisées afin d'accroître la coordination des interventions de police forestière.
– Les mécanismes de traçabilité, de fiscalité et de valorisation de la filière bois. Le but est de permettre un contrôle accru des stocks, l'optimisation des recettes,
– Gestion de la biodiversité et des conflits. L'objectif est de lutter contre la criminalité faunique. Une salle nationale de stockage d'ivoire ultra-sécurisée a été construite en collaboration avec des partenaires internationaux afin de mieux centraliser et protéger les saisies.
– Gestion du conflit homme-faune, par l'intégration de budgets spécifiques et de stratégies d'indemnisation ou de protection des cultures face aux éléphants.
La ministre de la planification et de la prospective du Gabon est Louise Pierrette Mvono.
L'excellence dans la discrétion
, ministre de la Planification et de la Prospective du Gabon nommée en mai 2025 et reconduite le 1ᵉʳ janvier 2026, son plan d'action s'articule principalement autour de la refonte du système national de pilotage stratégique de l'État, du développement territorial et de la modernisation des outils de collecte de données.
Le Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) 2026-2030
– La refonte et la territorialisation du système de planification pour rompre avec les anciennes méthodes déconnectées des réalités du pays, Louise Mvono a imposé une approche décentralisée.
– La modernisation des outils statistiques. Car une bonne planification repose sur des chiffres fiables, elle a donc accéléré les chantiers statistiques nationaux par le lancement du recensement général de la population.
– L'accélération du programme d'urgence de développement communautaire dans l'objectif de réduire la pauvreté par le financement des micro projets à fort impact.
Le ministre de la jeunesse, des sports, du rayonnement culturel et des Arts, chargé de la Vie associative du Gabon est Paul Ulrich Kessany Zategwa.
L'ambition dans la rigueur
Depuis sa nomination le 1ᵉʳ janvier 2026 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministre gabonais de la Jeunesse et des Sports, Paul Ulrich Kessany, a engagé une restructuration en profondeur et sans concession du secteur sportif national, à savoir :
– Assainissement de la gouvernance de ces instances clés.
– Lancement d'un audit stratégique des fédérations sportives.
— C'est la décision la plus spectaculaire de son début de mandat. En avril 2026, Paul Kessany a suspendu les élections au sein de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) et initialement du Comité National Olympique Gabonais (CNOG)
– Exigence d'autonomisation et réforme du National-Foot.
– Fixation des priorités pour la réhabilitation des infrastructures de proximité.
– Nouvelles orientations pour l'insertion de la jeunesse.
– Concours national de création dans l'ambition de doter le Gabon d'un symbole vestimentaire unificateur fort, valorisant le savoir-faire des artisans locaux et renforçant l'identité nationale au Gabon comme au sein de la diaspora.
– Restructuration sectorielle : le ministre a engagé une réforme en profondeur pour professionnaliser le secteur de la création afin de sortir les artistes de la précarité et d'ériger la culture en pilier de diversification économique.
– La participation honorifique du Gabon au FEMUA. Paul Ulrich Kessany a déployé une diplomatie culturelle offensive, illustrée par la conduite de la délégation gabonaise au FEMUA en Côte d'Ivoire — où le Gabon a été mis à l'honneur.
Ministre de la fonction publique et du renforcement des capacités Laurence Ndong,
L'excitation de faire mieux
Depuis sa nomination, elle déploie un vaste programme de modernisation de l'administration publique. Les principales réformes s'articulent autour des axes suivants :
– Accélération des régularisations par la mise en place d'un "Guichet Unique" visant à traiter et signer près de 10 000 actes administratifs pour résorber les retards et assainir la gestion des carrières des agents publics.
– Lancement de l'archivage électronique, pour la modernisation du réseau informatique de l'administration centrale, et mise en place d'un répertoire interministériel des métiers pour plus de transparence.
– Alignement strict des actes de gestion des ressources humaines avec les contraintes financières de l'État afin d'assurer la soutenabilité des dépenses publiques.
– Organisation de séminaires pour les agents et mise en œuvre de Contrats Annuels de Performance (CAP) au sein des directions pour accroître l'efficacité de l'État.
Le ministre de la réforme et des relations avec les institutions, M. François Ndong Obiang. Plus que jamais actif
Depuis janvier 2026, sous son égide et dans le cadre de la construction de la Vᵉ République, le Gabon a engagé de profondes réformes structurelles. Ces mesures font partie d'une vaste stratégie nationale visant à éradiquer la corruption, à moderniser l'État et à instaurer une culture de la performance publique. Le ministre est actif dans tous les couloirs des réformes dans les différents ministères.
Le ministre des transports, de la marine marchande et de la Logistique.
Dans un style à part
Ulrich Manfoumbi Manfoumbi met en œuvre une feuille de route budgétisée à 62 milliards FCFA. Ce plan vise à restructurer, moderniser et digitaliser l’ensemble du réseau logistique national.
Il s'est automatiquement illustré depuis janvier 2026 à travers ces réformes :
– La digitalisation du permis de conduire
– Lancement d'un système interconnecté pour la numérisation complète de l'ensemble des titres de transport terrestre afin de lutter contre la fraude.
– La fusion actée de la SOGATRA et de Trans’Urb dont la mise en exécution est attendue par les populations.
– Instauration d'un plan d'action quinquennal ciblant la réduction drastique de la mortalité sur les axes routiers.
– Signature des accords pour la construction de la future Gare Maritime de Libreville.
– Négociation active du contrat d'entreprise 2026-2028 de l'ASECNA et finalisation du symposium mondial de l'OACI (GISS 2026) pour arrimer l'aviation civile gabonaise aux standards internationaux.
– Dotation accrue en véhicules d'intervention et logistiques pour la Direction Générale de la Sécurité Routière afin d'intensifier les contrôles.
Le ministre de la communication Germain Biahodjow
Le tangent du gouvernement
Le ministre s'est illustré par ses différentes sorties pour condamner certaines dérives constatées.
Il a marqué ses mois à la tête de ce département ministériel par les grandes actions, à savoir :
– La réforme de la Haute Autorité de la Communication (HAC) élargissant officiellement les missions de régulation de l'institution, notamment en encadrant plus strictement le secteur de la publicité et de la communication cinématographique.
– Suspension et réformes des réseaux sociaux.
– Introduction de textes juridiques spécifiques pour baliser l'usage des nouvelles technologies et de l'IA dans l'espace informationnel afin de freiner la désinformation.
– La révision du Code de la communication intègre désormais formellement les blogueurs, influenceurs et créateurs de contenu dans le dispositif légal. Ils sont désormais soumis à des obligations strictes de transparence, d'identification et de responsabilité éthique similaires à celles des journalistes.
– Sous la tutelle du ministre, le gouvernement introduit une réforme d'urgence incluant un contrat de performance pour restructurer et sauver l'entreprise publique postale de l'effondrement financier.
– Accord avec la Libye marquant le retour officiel sous pavillon 100 % gabonais d'Africa Nᵒ1, l'un des plus puissants symboles de la communication continentale.
Le ministre des Mines,
Le nationalisme sanguin au service de l'État
Bien que déçu par son départ du ministère du pétrole malgré un travail formidable abattu, Sosthene Nguema Nguema fait toujours montre de son esprit de nationalisme. Depuis son arrivée, plusieurs réformes ont été menées, on peut citer :
– L'adoption en février d'un décret d'utilité publique pour réquisitionner 52 478 hectares de terres à Mayumba exclusivement dédiées à la création d'un pôle industriel de transformation de minerais.
— Le développement d'un tissu industriel autour de l'industrie lourde et de la métallurgie, notamment pour le manganèse.
– Signature d'une convention minière historique ce mois de mai avec Havilah Mining Gabon pour le gisement de Milingui, couplée à l'avancement du projet de fer de Belinga avec Fortescue et du projet de Baniaka avec Genmin
– Signature d'accords bilatéraux (notamment avec les Émirats arabes unis) pour structurer et valoriser le potentiel aurifère national, incluant des campagnes d'évaluation sur les permis stratégiques de Koumba, Eteke, Minkébé et Konossoville.
– Lancement d'un programme prévoyant 244 missions de contrôle sur le terrain ciblant les opérateurs en phase de recherche réglementaire.
– Exigence qu'une part significative des postes de cadres et de techniciens qualifiés soit légalement réservée à la main-d'œuvre locale.
– Signature obligatoire d'une charte éthique par les opérateurs économiques pour garantir de strictes conditions de travail.
– Lancement du plan stratégique 2026-2030 de la Société Équatoriale des Mines (SEM) pour transformer l'entité étatique en une véritable compagnie minière industrielle souveraine.
La mininistre du Commerce, des PME-PMI et de l'Entrepreneuriat des jeunes, Zenaba Gninga Chaning
Reconduite dans ses fonctions lors du remaniement ministériel du 1ᵉʳ janvier 2026 au sein du gouvernement de la Ve République, elle a axé sa feuille de route sur le patriotisme économique, la facilitation des échanges et la transition numérique.
Elle a engagé plusieurs réformes et initiatives majeures :
– Révision de la loi sur les PME afin de moderniser le cadre réglementaire pour accorder un statut plus protecteur et incitatif aux entreprises locales.
– Opérationnalisation du Comité national de la sous-traitance afin d'instaurer une obligation accrue pour les grandes entreprises étrangères d'attribuer des marchés de sous-traitance aux PME gabonaises.
– Lancement d'un outil centralisé facilitant la mobilisation de partenaires financiers et l'accès au crédit pour les jeunes porteurs de projets.
– Relance des programmes citoyens par l'industrialisation et reprise de projets emblématiques comme « Un Gabonais un box », « Gab-Lub » et « Un Gabonais une épicerie » pour réapproprier le commerce de détail aux nationaux.
– Mise en place d'un cadre d'accompagnement direct et incitatif pour les opérateurs nationaux qui transforment les ressources brutes directement sur le territoire gabonais, afin de stabiliser les coûts d'approvisionnement des consommateurs face à la vie chère.
– Digitalisation des flux commerciaux en synergie avec d'autres ministères pour mettre l'accélération de la dématérialisation des procédures de contrôle et incitation forte aux canaux de paiement électroniques pour étouffer le secteur informel et assurer une traçabilité totale.
Les flops
Le ministre gabonais de l'Accès universel à l'eau et à l'énergie
Philippe Tonangoye se trouve dans une position politique très inconfortable. Pourtant reconduit dans le même département ministériel sans convaincre, près de cent jours après sa reconduction au sein du gouvernement, sa capacité à résoudre la crise énergétique nationale persistante est fortement critiquée par l'opinion publique et la presse locale. Malgré les sorties de communication pour rassurer la population sur la stabilisation de la situation, aucun changement n'est observé.
Le ministre de la santé, Professeur Elsa Joséphine N'kana Ayo épouse Bivigou.
Depuis sa nomination dans ce ministère, l'ancienne directrice du centre hospitalier universitaire de Libreville est tombée dans les mêmes revers que ses prédécesseurs. Avec les problèmes de défis structurels, notamment la mauvaise qualité de l'accueil hospitalier, les difficultés d'approvisionnement et des retards dans le traitement administratif des carrières des agents du secteur. Malgré les multiples séances de travail, rien n'a changé.
La ministre des Affaires sociales, chargée de la Protection de l’Enfance et de la Femme, Armande Longo épouse Moulengui,
Après un passage transparent au ministère de la Jeunesse et des sports, Armande Longo épouse Moulengui subit de vives critiques et se trouve dans une position délicate, notamment sur la fermeture de plusieurs centres d’accueil pour enfants vulnérables.
– Aucune solution pour la CNAMGS, dont les graves dysfonctionnements internes continuent de la secouer.
Le ministre du Logement, de l'Habitat, de l'Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi
S'il n'est pas visé par un scandale personnel ou un limogeage, sa position reste délicate en raison de l'ampleur de la crise du logement au Gabon qui n'arrive pas à trouver de remède. Le projet de commercialisation de 2 500 parcelles est perçu comme un simple coup de communication. Aucune politique permettant au Gabonais lambda de s'approprier une parcelle ou une maison construite par la SNI.
Le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation du Gabon, Adrien Nguema Mba
Nommé à l'aube de la 5ᵉ République, il fait face à d'importants défis structurels dictés par l'agenda des réformes de l'après-transition. Dans un contexte où la nouvelle Constitution gabonaise impose des changements radicaux dans le fonctionnement des institutions et de l'État, la position du ministre est qualifiée de complexe en raison de plusieurs facteurs clés :
– Le contrôle des partis politiques. Le pouvoir a mis en place une nouvelle réglementation très stricte encadrant le statut et le financement des partis politiques.
– Malgré les multiples décisions prises dans les différents conseils des ministres, l'application rigoureuse des réformes issues de la loi organique nᵒ 001/2014 du 15 juin 2015 relative à la décentralisation a du mal à prendre forme.
Les autres ministres qui ne sont ni tops, ni flops restent dans les muets. À l'image de leur gestion, ils restent méconnus du public.
Vany Corso SIMA
Informer dans l'Impartialité

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