Entretien avec Julio Gahytan : "si l'actuel ministre des sports échoue, l'espoir de voir le sport gabonais éclore sera perdu."
En séjour en Guinée Équatoriale pour un travail, l'expert franco-espagnol en développement du sport et grand connaisseur du sport africain, le professeur Julio Gahytan, s'est prêté aux questions de notre rédaction pour parler du développement possible du sport au Gabon.
Global Inter Infos : Le Gabon est sous une nouvelle ère politique, ceci peut-il être aussi un élément déclencheur du développement du sport ?
Pr. Julio Gahytan : évidemment. La transformation politiques est essentielle pour répondre aux attentes des citoyens, mettre à jour l’État et adapter les lois. Il permet d’innover dans les priorités nationales, d’apporter de nouvelles politiques publiques, de garantir la bonne gouvernance indispensable à l’urgence d’un développement inclusif de la société. Le sport ne saurait donc faire exception dans cet élan jubilatoire.
Les choix du président du Gabon sur les nominations des hauts responsables sportifs sont une preuve de son envie de voir le sport se développer. Il était nécessaire de nommer quelqu'un qui connait profondément le milieu afin de mettre de l'ordre.
Le sport gabonais a-t-il évolué ?
Non. Il est en baisse. Quand vous observez, ces 10 dernières années, le pays n'a formé aucun grand sportif. Sauf si je me trompe, les derniers grands sportifs formés au pays ont tous vieilli. Je peux citer Antony Obame et Bruno et bien d'autres.
J'ai l'impression que les fédérations sportives ont un problème de créativité. La fierté d'une fédération sportive, c'est lorsqu'elle voit un produit local éclore à l'international. Malheureusement, plusieurs pays de l'Afrique subsaharienne profitent de leurs ressortissants de la diaspora.
Vous ne pouvez pas gagner en visibilité et en économie si vous ne produisez pas. Le capital humain est une richesse. Les pays comme la Tanzanie, la Mauritanie, l'Éthiopie ont compris cette logique.
Quel élément peut déclencher l'évolution du sport au Gabon ?
Dans la gestion du sport dans une nation, il existe un processus qui est un facteur majeur du développement du sport.
C'est les directions techniques nationales. Ce sont les directions techniques nationales. Elles sont absolument incontournables dans le développement du sport. Elles sont les véritables pôles d’excellence et régulateurs, elles assurent la cohérence, la formation continue et la compétitivité à long terme, de la détection des jeunes talents jusqu’au sommet des sélections nationales.
C'est la DTN qui définit l’ADN sportif et propose la politique nationale visant à hisser le pays au plus haut niveau de compétitivité. En coordonnant l’action de tout le personnel technique, elle assure la cohérence des activités. Il faut surtout y nommer les personnes formées.
La clé, c’est la formation des éducateurs, des entraîneurs et des préparateurs physiques. La DTN a pour mission de structurer cette transmission du savoir afin d'élever le niveau global de l'encadrement sur l'étendue du territoire.
Les DTN de chaque fédération centralisent la détection des pépites, le monitoring des athlètes et sont chargés de la documentation et de l’analyse des statistiques nationales. C'est un principe universel qui a fait développer sportivement certaines nations.
Le Gabon et le Congo Brazzaville sont restés sur le même cap où le sport est toujours considéré comme un simple loisir. Et pourtant ils disposent de tous les leviers pour transformer le sport en industrie.
Ces deux nations peuvent s'inspirer de ce qui se fait au Cap-Vert.
La tutelle à son niveau doit avoir une direction efficace pour coordonner le travail des DTN. Bien que le secteur nécessite d'être modernisé avec de véritables centres d'excellence et une gestion optimisée, elles demeurent le socle indispensable sur lequel repose la pérennité des victoires sportives.
Si c'est fait, vous verrez comment le sport gabonais va éclore.
Quel conseil pouvez-vous donner au ministre des sports.
Que le Gabon arrête le loisir sportif. Le Gabon organise plein de compétitions qui n'apportent rien au développement du sport national. C'est beaucoup d'argent que les initiateurs de ces compétitions gagnent. Pendant ce temps le pays sombre sportivement. Je ne connais pas un seul athlète gabonais devenu aujourd'hui professionnel qui a été révélé dans les marathons du Gabon ou dans la tropical.
Il doit discipliner et mettre de la rigueur dans ce secteur. C'est très important.
Si l'actuel ministre des Sports échoue, l'espoir de voir le sport gabonais éclore sera perdu. Mais j'ai confiance en lui, c'est un visionnaire. Il dispose de tous les atouts pour écrire l'histoire et faire du Gabon une grande nation sportive.
Lors de mon séjour au Gabon sur invitation d'une société installée à Libreville il y a quelques années, j'ai eu à participer à un forum organisé par lui où il avait présenté aux entreprises sa vision pour faire de la ligue de football où il était candidat un empire attractif et de production de joueurs. C'était une réflexion dimensionnelle que les présidents des fédérations doivent avoir.
Pour terminer, je conseille au ministre la mise en place d'une charte de résultats et de confiance. Pour que la participation des sélections nationales aux compétitions nationales ne soit plus une simple aventure.
Vany Corso SIMA
Informer dans l'Impartialité

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