Pierre Alain Mounguengui, 12 ans de relations conflictuelles avec la tutelle
Pierre Alain Mounguengui, président de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT) depuis 2014, achève une période de douze années de gouvernance marquée par des relations particulièrement tumultueuses avec le ministère des Sports. Cette relation conflictuelle a durablement influencé le visage du football gabonais.
Malgré les nombreux changements à la tête du ministère des Sports, le différend chronique avec la fédération reste inchangé, alimenté par plusieurs points de crispation majeurs.
Tout d'abord, la querelle sur l’autonomie fédérale soulève des tensions récurrentes. La FEGAFOOT revendique une gestion totalement indépendante, conformément aux directives édictées par la FIFA, tandis que l’État gabonais, par l’intermédiaire du ministère des Sports, exige un contrôle accru en raison de son rôle crucial dans le financement des équipes nationales, notamment les Panthères. Cette dualité a souvent conduit à des affrontements sur des questions telles que le choix des sélectionneurs nationaux, la gestion des primes des joueurs ou encore l’organisation des compétitions. Ce désaccord a même poussé Alain Claude Billie Bi Nze à l'époque ministre des sports à retirer à la fédération une partie de l’organisation des rencontres internationales.
Le point de rupture le plus critique
L'année 2022 a marqué un tournant critique dans cette saga tendue. Des investigations journalistiques internationales ont révélé l’existence présumée d’un réseau important de pédophilie dans le football gabonais. À la suite de ces accusations, et après avoir néanmoins remporté un troisième mandat contesté, Pierre Alain Mounguengui a été placé en détention préventive pour « non-dénonciation de crimes de pédophilie ». Ces événements ont porté un énorme coup à l'image du Gabon sur la scène internationale. Les tensions entre la FEGAFOOT et le ministère ont alors atteint leur point culminant, tandis que la CAF et la FIFA surveillaient de près la situation. Les soutiens de Mounguengui dénoncent jusqu'alors une machination orchestrée par la tutelle et ses détracteurs, tandis que d'autres acteurs du football réclament sa démission, renforçant son image déjà ternie par l'incompétence dont il est qualifié.
La nomination de Paul Kessany, une épine dans la chaussure de Mounguengui
La nomination de Paul Kessany en tant que ministre des Sports a ajouté une couche supplémentaire de complexité à ces affrontements. Les relations entre Kessany et Mounguengui étaient déjà houleuses avant même cette nomination, à cause d’un différend concernant une élection annulée par le TAS dans la Ligue de l’Estuaire dans laquelle Paul Kessany était candidat. Bien que le président de la FEGAFOOT ait tenté de régler ce litige sous la soumission du Tribunal Arbitral du Sport, les lenteurs administratives ont aggravé ces tensions.
Depuis la prise de fonction de l'ancien capitaine des Panthères, l’entourage de Mounguengui perçoit chaque décision comme une attaque directe contre la fédération. La presse proche de PAM multiple les articles et ne rate aucune occasion de peintre en noir le patron du sport gabonais.
Une élection engloutie par les nouvelles réformes
La perspective d'une nouvelle candidature de Pierre Alain Mounguengui en 2026 n’a fait qu’amplifier les résistances au sein du paysage footballistique gabonais. Alors qu’il semblait assuré de rempiler pour un nouveau mandat, le ministère des Sports a suspendu le processus électoral dans le cadre d’une réorganisation globale du sport national et du football en particulier. Des accusations de « gestion opaque » ont fortement alourdi le climat, bien que cette décision ait été saluée par une partie des acteurs du football gabonais. Du côté de la FEGAFOOT, cette intervention a été décriée comme une ingérence dans ses affaires internes. La FIFA et la CAF sont intervenues pour arbitrer le différend, optant finalement pour un compromis : maintenir temporairement Pierre Alain Mounguengui et son comité exécutif en place jusqu'à fin 2026 afin d’assurer une transition stable et organiser une élection transparente.
Impact accru sur les acteurs principaux
Cependant, ces luttes institutionnelles ne sont pas sans conséquences. En fin de compte, ce sont les acteurs du football gabonais — joueurs, entraîneurs et jeunes talents — qui paient le prix fort. Douze années d’opposition entre une fédération bénéficiant du soutien de la FIFA et des autorités étatiques soucieuses de contrôler les dérives ont affecté les projets communs essentiels au développement du football local. Le sport roi du Gabon semble ainsi peiner à atteindre son plein potentiel, sacrifié sur l’autel des querelles de pouvoir.
Vany Corso SIMA ELLA
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