La recherche scientifique, un secteur clé mais négligé

 



La recherche scientifique au Gabon est confrontée à des défis structurels et financiers historiques, une situation qui incite régulièrement la communauté scientifique et les observateurs à qualifier ce secteur de marginalisé. Malgré des discours politiques mettant en avant l’ambition de faire de la science un levier stratégique pour le développement, la réalité budgétaire du pays demeure un frein significatif à cette aspiration.


Ce constat découle de plusieurs réalités contrastées, notamment sur le plan financier. La recherche scientifique subit de plein fouet les restrictions budgétaires imposées par les ajustements économiques de l’État. Les fonds dédiés à l’enseignement supérieur et à la recherche ont été drastiquement réduits, avec un budget spécifique pour la recherche scientifique et l’innovation passant de 5,98 milliards à 2,29 milliards de FCFA. Les critiques des syndicats de chercheurs et des experts soulignent que la contribution de la recherche au PIB national reste "quasi nulle". Cette faiblesse s’explique en partie par un cadre institutionnel inadéquat et l’absence de commandes publiques qui pourraient valoriser les innovations locales.


Dans ce contexte de rareté des ressources, de nombreux laboratoires survivent presque exclusivement grâce aux cotisations de leur personnel. Les fonds limités alloués à la recherche sont souvent répartis entre des chercheurs actifs et certains responsables administratifs, ces derniers étant parfois accusés d’utiliser ces ressources pour des missions peu substantielles, sans produire d’impact tangible. Et pourtant, malgré ce déséquilibre criant, la science gabonaise a connu des avancées notables. Les efforts du Programme National de Sélection et d’Amélioration Végétale et de Production de Semences (PNSAV-PS) ont permis l’homologation de trois nouvelles variétés de riz. De plus, dans des domaines comme la préservation de la biodiversité, l’environnement ou encore la santé, des institutions telles que le CIRMF et le CENAREST continuent d’avoir un impact visible.


Cependant, dans les classements internationaux basés sur des indicateurs de productivité scientifique, comme ceux publiés par Elsevier Scopus, le Gabon accuse un retard considérable par rapport à d’autres nations africaines. Ce déclin est souvent attribué à l’absence d’un financement soutenu et à une capacité limitée de production académique de haut niveau.


Face à ces critiques récurrentes, les autorités gabonaises cherchent à changer de cap en tirant parti du capital naturel du pays. Le gouvernement a ainsi initié des projets s’appuyant sur des pôles universitaires tels que l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM) pour maximiser localement la valeur ajoutée des ressources naturelles telles que le bois, les mines et les écosystèmes. Le Ministre actuel de la Recherche scientifique, Charles Edgar Mombo, a fait de la modernisation technologique une pierre angulaire de sa stratégie. En renforçant les partenariats avec des institutions comme l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA) et AfricaRice – qui prévoit d’ouvrir une antenne à Libreville – le ministère ambitionne d’intégrer des technologies modernes dans la transformation agricole du pays.



La science reste indéniablement un moteur essentiel pour le développement moderne d’une nation. Si les autorités affichent une prise de conscience manifeste tant sur le plan rhétorique que politique quant à la nécessité de restructurer ce secteur, il est impératif d’aller au-delà des annonces en apportant des solutions concrètes au problème critique du financement insuffisant. Il s’agit en particulier d'orienter les budgets disponibles vers des programmes à fort impact tout en développant une approche visant à intégrer les innovations scientifiques aux besoins stratégiques des autres secteurs économiques. Cela pourrait réduire la dépendance excessive du Gabon vis-à-vis des importations, tout en stimulant son développement local durable.


Vany Corso SIMA ELLA 

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