Analyse critique de Justine Judith Lekogo sur la réception de l'état major du PDG par le président de la république



 Avec la franchise qui la caractérise, Justine Judith Lekogo n’a pas mâché ses mots dans une tribune publiée sur sa page Facebook et intitulée : Le Palais de la République n’est pas le siège d’un parti politique. Et le président de la République n’est pas le président d’un comité de soutien.

Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de cette déclaration.


"Je le dis avec beaucoup de regret, mais aussi avec une certaine gravité : la séquence de cette audience au Palais présidentiel me laisse profondément perplexe.

Qui a donc conseillé au chef de l’État de recevoir des responsables et des militants d’un parti politique dans une telle configuration, avec les couleurs et les signes distinctifs de leur formation ? Ceux qui l’ont conseillé ont-ils réellement mesuré la portée symbolique et politique d’une telle image ?"


Lorsqu’on est reçu au Palais présidentiel, on est reçu par le Président de la République. À cet instant, il n’est ni le président de l’UDB, ni le responsable d’une formation politique, ni le chef d’un camp. Il est le président de tous les Gabonais.


Imagine-t-on une audience accordée à l’UDB dans les mêmes conditions, avec une mobilisation de militants vêtus aux couleurs du parti, venus afficher leur appartenance et leur fidélité ? Je pense que beaucoup auraient immédiatement dénoncé une confusion entre l’État et le parti. Pourquoi cette exigence de neutralité devrait-elle être différente selon la formation politique reçue ?



Le problème n’est donc pas simplement vestimentaire. Il est institutionnel et politique. Une audience républicaine ne doit pas se transformer en démonstration de force partisane. Et lorsque des responsables politiques arrivent en nombre, dans une mise en scène aussi marquée, le message envoyé dépasse largement le cadre d’une simple visite de courtoisie.


On peut y voir une démonstration de force. On peut aussi y lire, volontairement ou non, un message politique adressé à ceux qui s’interrogent sur la place que conserve l’ancien parti au pouvoir dans les nouveaux équilibres.



Et c’est précisément là que mon malaise devient plus profond.


Nous avons été nombreux à nous mobiliser contre la mauvaise gouvernance, la corruption, les détournements de deniers publics, la confiscation des institutions et les pratiques d’un système qui avait fini par confondre le parti, l’État et la République. Nous avons cru au 30 août 2023 comme à une occasion historique de changement, de libération et de refondation.


Alors, lorsque nous assistons à des scènes qui rappellent autant les pratiques que nous dénoncions, nous sommes en droit de nous interroger : qu’avons-nous réellement changé ?


Je ne veux pas croire que le 30 août 2023 avait pour finalité de simplement redistribuer les places, de recomposer les alliances et de maintenir les mêmes réflexes de pouvoir sous de nouvelles couleurs. Mais je dois reconnaître que certaines images donnent malheureusement aux citoyens le sentiment que le changement de décor pourrait être plus rapide que le changement des pratiques.


Et cela fait mal, particulièrement à ceux qui se sont exposés, qui ont pris des risques et qui ont combattu ces dérives bien avant que la rupture ne devienne un discours officiel.


Le Président de la République doit être protégé de ce genre de confusion. Ceux qui l’entourent et le conseillent doivent comprendre qu’en lui organisant de telles scènes de célébration partisane au Palais, ils ne le renforcent pas nécessairement. Ils peuvent au contraire fragiliser son image et nourrir le doute sur la sincérité de la rupture.


Le PDG a parfaitement le droit d’exister, de tenir son congrès, de régler ses différends et de défendre son avenir politique. Mais ses affaires internes ne sont pas des affaires d’État. Et le Palais présidentiel ne doit pas devenir le théâtre de ses repositionnements.


Je ne demande pas l’exclusion des anciens du PDG. Je ne conteste à personne le droit de rejoindre une formation politique ou de soutenir le chef de l’État. Je demande simplement que les institutions soient respectées et que les mêmes règles s’appliquent à tous.


La rupture ne peut pas être une promesse faite au peuple et une exception accordée aux puissants.


Nous n’avons pas réclamé le changement pour assister à la reproduction des anciennes pratiques avec de nouveaux acteurs. Nous avons réclamé une République au-dessus des partis, des clans et des intérêts particuliers.


Le Président de la République appartient à la République. Le Palais appartient au peuple gabonais. Et la République ne doit jamais redevenir la propriété d’un parti."


Vany Corso SIMA ELLA 

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